Exercice Sawa 2006
Prononcé le mercredi 17 mai 2006 au Palais du Parlement, à l'occasion de la Cérémonie d'ouverture.
Seul le prononcé fait foi.
[...]
Mesdames et messieurs,
Mr Javier Solana, Haut Représentant du Conseil de l'Union Européenne n'a pas pu se joindre à nous pour ce séminaire politico - stratégique et m'a demandé de le représenter. C'est donc avec grand plaisir que je me retrouve une nouvelle fois parmi vous dans le cadre de ce cycle V de RECAMP.
Je relève par ailleurs avec satisfaction que cette fois l'Union Européenne participe à ce séminaire avec une forte délégation et que deux de ses chefs de missions, le général Joana et le superintendant Custodio, interviendront pour apporter leur témoignage.
Je souhaiterais saisir cette occasion pour partager avec vous quelques évolutions récentes de la politique africaine de l'Union Européenne et l'approche qu'elle propose pour nourrir sa relation politique et stratégique avec ses partenaires africains.
Tout d'abord, je voudrais illustrer l'engagement croissant de l'Union Européenne en Afrique et notamment en République Démocratique du Congo.
Et si j'évoque en priorité ce pays, grand voisin de la République du Congo, c'est bien sûr en raison de l'actualité mais aussi parce que ce pays, et la région des Grand Lacs dans laquelle il s'inscrit, me tiennent particulièrement à cœur.
Comme vous le savez, l'Union Européenne a consenti à engager une contribution importante, en ressources humaines et financières, pour soutenir la transition en République Démocratique du Congo. Cela est vrai du soutien apporté à la préparation des élections nationales, mais également de l'appui à la réforme du secteur de la sécurité.
Aujourd'hui nous sommes à la veille d'un événement historique, prévu pour la fin du mois de juillet, quand les habitants de ce grands pays pourront finalement choisir librement leurs dirigeants par des élections démocratiques. C'est là une phase délicate où il faudra faire le nécessaire pour éviter que l'affrontement politique, typique de toutes les campagnes électorales, puisse céder le pas aux passions incontrôlées.
Le maximum de vigilance et d'engagement sera indispensable, de la part de la communauté internationale, pour que les élections se déroulent dans un climat serein et soient libres et transparentes.
C'est la raison pour laquelle l'Union européenne a décidé d'envoyer en République Démocratique du Congo une large délégation d'observateurs électoraux et a répondu positivement à la demande d'assistance militaire temporaire que lui ont adressée les Nations Unies.
C'est après avoir obtenu le plein accord des autorités de la République Démocratique du Congo, et après avoir informé l'Union Africaine et les pays de la région, que l'Union Européenne a accepté d'envoyer une force militaire pour assister la MONUC durant la période des élections, dans les situations où ses ressources ne lui permettraient pas de remplir ses tâches.
Cette opération d'appui à la MONUC prévoit le déploiement d'un contingent de 450 hommes à Kinshasa et pourra compter sur un bataillon en attente dans un pays de la région et sur un autre bataillon en réserve en Europe.
Ce soutien est un témoignage de plus de la volonté de l'Union Européenne d'apporter sa contribution pour consolider la paix et la stabilité et promouvoir la démocratie et le développement économique de cette région de l'Afrique, car la réussite du processus de transition en République Démocratique du Congo aura un impact positif pour toute l'Afrique centrale.
Par ces moyens l'Union Européenne vise aussi à renforcer ses liens, déjà bien solides, avec les organismes régionaux africains, car paix, stabilité, démocratie et développement sont au centre de la vision stratégique de l'Union Africaine et des organisations sous-régionales, à commencer par le contrôle des crises, hélas encore nombreuses sur le continent africain.
Dans ce contexte, je tiens à saluer le travail remarquable engagé par le Commissaire Said Djinnit pour doter graduellement l'Union Africaine des capacités nécessaires de prévention, de gestion et de résolution des conflits.
Le développement de l'architecture africaine de paix et de sécurité et la mise en place de la force africaine en attente représentent des entreprises de longue haleine qui requièrent persévérance et détermination.
L'Union Européenne est résolue à y apporter un soutien qui s'inscrit dans la durée. C'est là le sens de l'engagement pris par les chefs d'Etat et de gouvernement de l'Union Européenne en adoptant en décembre 2005 un document important de politique générale. Il s'agit de la vision du partenariat stratégique que l'Union Européenne se propose de nouer avec les partenaires africains.
S'agissant du volet Paix et Sécurité, je tiens à souligner que l'instrument financier que représente la "Facilité de Paix pour l'Afrique" est en voie d'être renouvelé et pérennisé. Ce qui permettra dans le futur une programmation plus aisée de l'emploi des fonds. Le partenariat proposé se veut pleinement respectueux des objectifs et priorités que l'Union Africaine choisira de retenir.
On devra commencer par faire une analyse de l'expérience de notre première opération commune au Darfour et en tirer des leçons pour le futur. il n'y a pas de doute que l'appui fourni par l'Union européenne et ses Etats membres dans les domaines du transport, de la planification et de la logistique aurait pu être plus efficace et mieux coordonné et structuré.
Cette considération me permet de souligner un aspect qui me semble essentiel: L'Union Européenne n'est pas en mesure d'agir avec l'efficacité nécessaire sans la participation active et bien coordonnée de ses Etats membres. De manière concrète, ce sont eux qui disposent de l'essentiel des ressources et de l'expertise qui peut être mise à la disposition de nos partenaires africains.
C'est pourquoi nous travaillons au sein de l'Union Européenne pour développer une approche qui permette une meilleure synergie des efforts conduits au travers des politiques multilatérales et bilatérales.
C'est ce que la France a proposé en voulant faire de RECAMP un opérateur de l'Union Européenne, en matière de soutien au développement des capacités africaines.
D'une manière générale, la valeur ajoutée que l'Union Européenne peut apporter est une meilleure coordination et donc une meilleure réponse aux besoins de ses partenaires, car l'objectif principal que nous devons viser est un plus haut niveau d'efficacité.
Mais pour mieux travailler avec l'Union Africaine et ses organisations sous régionales, l'Union Européenne doit adopter également des mesures nouvelles.
Nous réfléchissons par exemple à la meilleure façon de renforcer notre représentation à Addis Abeba. Nous réfléchissons également à la possibilité d'allouer des ressources particulières pour mieux répondre aux besoins de nos partenaires africains, notamment en ce qui concerne le développement des capacités militaires.
Tout cela est encore à l'étude mais c'est un signe supplémentaire de notre volonté de progresser concrètement sur le volet paix et sécurité, en partenariat avec les organismes régionaux africains.
L'entraînement des troupes et la standardisation de l'équipement et des procédures sont des volets essentiels du développement des capacités opérationnelles et cela m'amène au cycle V de RECAMP et à l'association de l'Union Européenne et de l'Union Africaine.
Je tiens ici à saluer l'effort soutenu que la France consent depuis près de dix ans dans ce domaine. RECAMP est en effet un outil remarquable en perpétuelle évolution, pour précisément répondre au mieux à la réalité des besoins.
Il me semble que RECAMP devrait pouvoir évoluer sans difficultés dans le sens des conclusions concrètes des travaux de l'atelier "entraînement" mis en place dans le cadre de la préparation de la force africaine en attente.
Du reste, la France est étroitement associée avec le Canada aux travaux conduits par la Communauté Economique des Etats de l'Afrique Centrale, sous région pilote de cet important volet.
Je voudrais enfin marquer mon appréciation pour les thèmes de travail retenus pour ce séminaire. En effet, comment ne pas relever l'importance croissante d'une approche globale dans la gestion des crises ?
Trop longtemps, la priorité a été accordée à la résolution ponctuelle des crises, suivie d'un désengagement trop précoce. On a préféré intervenir a posteriori pour faire face aux désastres humanitaires qui ont suivi les crises, plutôt que de faire le nécessaire pour les prévenir. On a préféré attaquer les effets plutôt que les causes.
Aujourd'hui, on commence finalement à se rendre compte de la nécessité d'un engagement précoce qui s'inscrive dans la durée, pour éviter que les crises ne surgissent et se pérennisent sous l'effet de causes sous-estimées ou ignorées.
Je pense, bien sur à la dimension civile de la réponse aux crises dont je ne sous-estime pas l'importance, mais je reste également persuadé de l'importance capitale de la dimension militaire, car les Etats du continent africain n'auront aucune chance de réaliser des politiques efficaces de développement économique et social s'ils ne seront pas en mesure d'assurer la stabilité des pays et la sécurité des gens et des biens.
Cela implique de donner une priorité absolue aux réformes structurelles du secteur de sécurité et notamment de l'armée, de la police et de la justice, accompagnées, à l'issue des conflits, par des programmes efficaces de démobilisation, de désarmement et de réintégration.
Dans ce domaine, l'Union Européenne a développé une expérience importante de terrain, surtout en République Démocratique du Congo avec les projets EUSEC et EUPOL, qui vous seront présentés demain par les chefs de mission.
Pour ma part, je me limite à souligner l'importance capitale que j'attache à ce secteur qui malheureusement a été pendant longtemps négligé et sacrifié au profit d'une conception trop simpliste et parfois dogmatique des politiques de développement.
Je souhaite à tous les participants un travail fructueux et d' excellents résultats.
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