Exercice Sawa 2006
à Paris le 26 septembre 2005 lors de la Conférence des pays partenaires.
Monsieur le Ministre,
Mesdames et messieurs,
Je souhaiterais tout d'abord vous transmettre les regrets du Haut Représentant pour la PESO, retenu par ailleurs, puisqu'il s'exprime aujourd'hui à la conférence annuelle de l'institut de Sécurité. Javier Solana soutient, en effet, fortement toutes les initiatives contribuant à donner à nos partenaires Africains les instruments qui progressivement leur permettront d'être pleinement maîtres des destinées de leur continent. Il porte un intérêt tout particulier à ce titre à l'initiative prise par la France au travers du programme RECAMP.
RECAMP a en effet démontré au cours des années passées toute l'expérience que les partenaires africains pouvaient en retirer. Les nouvelles évolutions, concrétisées à l'occasion de ce nouveau cycle, sont de nature à en démultiplier la valeur ajoutée.
L'UE et l'Afrique
Mais je voudrais commencer cette brève présentation en évoquant les développements récents et à venir de la PESC en matière de politique africaine.
En premier lieu, il est sans doute utile de se rappeler que les Européens ont décidé, en 2003, de se doter d'une stratégie européenne de sécurité Celle-ci exprime une volonté d'agir collectivement pour assumer les responsabilités globales qui leur incombent. S'agissant du continent africain, plusieurs initiatives ont été prises pour mettre en œuvre cette stratégie.
La manifestation la plus visible de ce soutien en est encore aujourd'hui l'opération AMIS II que l'UA conduit depuis bientôt un an au Darfour. L'UE y apporte un soutien financier (80 Meuros déjà engagés sur la Facilité de Paix) mais aussi opérationnel (notamment transport aérien, soutien en planification, appui et formation pour la composante de police).
Cette coopération est encore toute récente. Elle se fait, au Soudan, dans un contexte où la tâche opérationnelle de l'UA est extrêmement difficile; I'UA fait un très bon travail face aux énormes défis qu'elle affronte; il faut évidemment voir ensemble quelles leçons nous devons, ensemble UE et UA, tirer de cette expérience; comment nous devons rendre plus efficace et authentique notre partenariat.
Il est clair que l'Union européenne doit continuellement adapter ses instruments pour agir de manière plus efficace dans des secteurs nouveaux pour elle (je veux dire nouveau au niveau européen, pas celui des Etats membres) telle que la réforme du secteur de sécurité.
L'Union européenne a ainsi lancé au printemps de cette année deux missions PESD en République Démocratique du Congo.
Ces deux missions concourent à renforcer le processus de normalisation dans ce pays meurtri, la première en préparant les forces de police congolaises à assurer la sécurité des institutions, la seconde en apportant conseil et assistance en vue de la constitution d'une armée nationale unifiée.
Cet engagement fait suite à l'opération Artemis qui avait permis en 2003 de restaurer la stabilité en lturi et de donner la possibilité à la MONUC de se renforcer. Cette opération n'a pas seulement joué un rôle opérationnel direct; elle a eu d'autres effets: elle a posé les bases d'une coopération concrète entre l'UE et les Nations Unies; c'est ainsi qu'a été signée la déclaration de septembre 2003 ; c'est ainsi qu'ont été développés les groupements tactiques ou "Battle Groups" pour déployer rapidement les moyens militaires nécessaires au rétablissement d'une situation de crise, dans le cadre d'un mandat donné par les Nations Unies. Cette opération a été l'élément catalyseur d'une volonté d'action avec l'ensemble des moyens disponibles en Afrique et avec l'ensemble des Etats membres de l'UE
A propos, je voudrais mentionner à cette occasion que l'UE n'est pas intervenue seule dans le cadre d'Artemis; elle l'a fait avec plusieurs partenaires tiers, ici présents, dont la collaboration militaire et politique, a été très précieuse: Afrique du Sud, Brésil, Canada; et en étroite concertation avec les Etats-Unis.
Cette action en République Démocratique du Congo est une manifestation concrète et forte de l'engagement collectif des Européens pour soutenir la paix et la sécurité en Afrique.
Cet engagement que je viens de décrire devrait encore recevoir une nouvelle impulsion avec la décision d'adopter une stratégie commune envers l'Afrique à l'occasion du Conseil européen de décembre prochain sous la présidence britannique.
Mais je voudrais maintenant revenir sur l'émergence de l'Union africaine comme acteur stratégique sur le continent africain. Cette évolution fait naturellement naître des attentes auprès des pays et populations qui recherchent plus de sécurité.
L'UA doit donc poursuivre résolument le développement de ses capacités stratégiques, en particulier pour mieux répondre aux défis posés par l'émergence des crises.
L'UE comme, je l'ai souligné, a pris l'engagement d'accompagner cet essor. Il est maintenant envisagé que l'UE apporte son concours à la mise en place des ateliers qui contribueront à la création des forces africaines en attente.
L'UE se chargerait ainsi des questions de doctrines et d'instructions permanentes pour les cinq futurs états-majors. Je comprends aussi que la France et le Canada s'occuperaient de l'atelier "l'entraînement".
S'agissant enfin du programme RECAMP, je souhaiterais saluer, au nom de Javier Solana, la volonté de la France d'ouvrir ce programme tout à la fois à l'UE et à l'UA.
En effet puisque la vocation de RECAMP est précisément de renforcer les capacités africaines de maintien de la paix et qu'il s'agit d'un objectif partagé avec l'Union européenne dans son ensemble, il était naturel que cette évolution survienne.
Plusieurs Etats membres de l'UE contribuent d'ailleurs à ce programme depuis de nombreuses années.
Dans le cadre du cycle V, c'est la Communauté Economique des Etats de l'Afrique Centrale (CEEAC) qui est choisie pour accueillir RECAMP. Ce sera également pour l'UE un nouveau pas dans l'association à RECAMP.
La concrétisation de cette association sera notamment notre co-animation du séminaire politico-militaire qui se tiendra à Libreville en mai 2006; ceci représente une étape que nous préparerons avec soin.
Evidemment, cela exigera de bénéficier des savoir faire accumulés par la France mais aussi, je l'espère, d'autres Etats membres de l'UE. Je ne doute pas que cette coopération soit des plus fructueuses.
Je forme donc le vœu que ce nouveau cycle de RECAMP soit couronné de succès et je vous remercie encore, M. le Ministre, de cette invitation adressée à l'UE.
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