Cycle RECAMP V
Exercice Sawa 2006
Allocution du Général d'Armée Henri BENTEGEAT,
Chef d'Etat-Major des Armées
Prononcé le mercredi 17 mai 2006 au Palais du Parlement, à
l'occasion de la Cérémonie d'ouverture.
Seul le prononcé fait foi.
Monsieur le Premier ministre,
Messieurs les ministres,
Messieurs les ambassadeurs,
Monsieur le député-maire,
Monsieur le secrétaire général de la CEEAC,
Messieurs les officiers généraux
Chers amis,
Je tiens à saluer très chaleureusement tous les
participants de ce séminaire, qui se distingue des
précédents cycles RECAMP, puisqu'il marque une nouvelle
étape de la coopération entre l'Union Africaine et l'Union
Européenne, ces deux organisations étant désormais
associées à tous les niveaux des activités RECAMP et
donc, ici, au niveau stratégique ;
C'est aussi un témoignage fort de l'engagement de l'Europe en
Afrique, l'Europe associée depuis longtemps à tous les
grands projets consacrés à l'avenir de ce continent, mais
abordant aujourd'hui les questions de sécurité dans leur
globalité ;
Vous savez que la France, amie ancienne et fidèle du continent
Africain, est très attachée à ce dialogue
constructif, considérant que c'est la seule façon de
bâtir ensemble notre avenir, pour établir durablement plus
de stabilité ;
Le fait que la présidence de l'Union Africaine soit assurée
par le Président Sassou N'Guesso et que ce soit Brazzaville qui
accueille ce séminaire, me paraît d'ailleurs hautement
symbolique de cette ambition ;
Les deux phases de ce séminaire répondent bien à nos
préoccupations communes : d'une part réfléchir
ensemble aux problématiques de gestion d'une crise, sous tous ses
aspects (ROE, actions civilo-militaires...etc.) et, d'autre part, mener
un travail de planification d'un Etat-Major de niveau stratégique.
Dans ces deux phases, il s'agit d'être concret et précis...
Je vous dirai donc quelques mots de la relation militaire entre la France
et l'Afrique, en la situant dans la perspective du projet
Européen. Ensuite, j'évoquerai, en quelques mots, les
évolutions du cycle RECAMP V et la coordination nécessaire
avec les ateliers de la Force Africaine en Attente.
La France, l'Europe et l'Afrique.
-
Depuis le séminaire d'ACCRA en mai 2004, bien des actions ont
été menées. Elles marquent toutes la
volonté de construire d'une architecture de
sécurité efficace pour le continent;
-
D'une part, les pays africains se dotent progressivement des outils de
prévention et de gestion des conflits. C'est une démarche
qui progresse rapidement, même si ces projets font
apparaître de nouveaux besoins et de nouvelles exigences, en
matière de formation, de moyens de commandement, de
communications et de logistique ;
-
D'autre part, l'Union Européenne - soutenue bien
évidemment par la France - s'approprie progressivement RECAMP,
en tant que programme à part entière de la politique
européenne de sécurité et de défense
(PESD), l'ajoutant ainsi aux autres outils existants de la «
capacité de paix » ;
-
Cela explique le besoin accru de coordination - que j'évoquais
tout à l'heure - entre les deux grands partenaires que sont l'UA
et l'UE, mais aussi au niveau régional ou sous-régional,
en mettant sur pied des structures adaptées ;
-
Mais, la France en tant que telle, reste toujours attentive et
impliquée, dans le respect de principes simples et clairs :
fidélité, responsabilité, partenariat ;
-
Cela se traduit, sur le terrain, par une présence et une action
de nos forces armées, en cohérence avec ces principes :
des forces pré positionnées, un partenariat de
coopération actif, une aide ciblée sur les besoins ;
-
Je rappelle la réorganisation en cours de nos forces pré
positionnées et de souveraineté qui, va contribuer
directement au soutien des organisations régionales et des
brigades de la Force Africaine en Attente ;
-
Enfin, le cadre de nos interventions militaires est connu de tous.
C'est celui de la légitimité internationale que
confère un mandat de l'ONU, ou de l'UA, avec les organisations
sous-régionales et l'assentiment des pays concernés ;
-
L'engagement Européen au service de la paix et de la
sécurité en Afrique devient, dans le même temps,
une réalité en RDC, hier et demain et bien sûr au
Soudan;
-
L'Europe - dans le cadre de l'ONU - prend donc et assume, de
façon croissante, ses responsabilités de
sécurité, en élargissant notablement son champ
d'action ;
-
C'est la conséquence d'une prise de conscience des vrais enjeux,
en termes de développement et sécurité,
étant intimement liés ;
-
J'ajoute que cet engagement français et européen s'exerce
au sein d'un partenariat, sans cesse renforcé, avec des grands
pays extérieurs à l'Europe qui s'attachent avec nous au
retour de la paix et de la stabilité sur le continent africain,
et je pense notamment aux Etats-Unis, au Japon ou au Canada.
RECAMP V et ses perspectives
-
RECAMP est, depuis l'origine, un mécanisme de solidarité,
ouvert à tous et sans aucune exclusive ;
-
Les objectifs poursuivis, s'organisent autour de quatre domaines
principaux : Entraînement, Formation, Equipement,
Capacités de déploiement et soutien d'une force ;
-
Parallèlement, l'Union Africaine a mis en place une architecture
pour la paix et la sécurité reposant sur les forces
régionales et une force africaine en attente (FAA), qui devra
compter cinq brigades ;
-
Le plan de montée en puissance de cette FAA a été
reconnu et encouragé par le G8 et s'est concrétisé
dans des ateliers de travail autour de cinq thèmes principaux :
Doctrine, Entraînement, Formation et Evaluation, Logistique,
Commandement ;
-
Il est donc logique que RECAMP devienne un outil d'entraînement
et d'évaluation au service des F.A.A.;
-
C'est bien dans ce cadre que le cycle RECAMP V se déploie et
s'organise, pour tester les procédures politico-militaires de
mise en œuvre de la FAA et en s'intéressant, tout
particulièrement, au niveau stratégique ;
-
Le scénario comprend donc une dimension pluridisciplinaire
affirmée, en étudiant les aspects sécuritaires et
civils d'une crise ;
-
C'est ainsi que les aspects politiques (rôle du Haut
Représentant), militaire (commandement d'une force de
théâtre), mais aussi civils (police et agences
humanitaires) sont étudiés dans une crise de faible
intensité de violence, mais avec une détérioration
conséquente des structures étatiques ;
-
Ce scénario de gestion de la crise est bien conforme à
l'un des six scénarios retenus par l'Union Africaine dans son
document « vision 2010 de la FAA », qui prévoit le
déploiement d'un élément militaire de
sécurisation, appuyé par une composante police,
engagé dans des opérations de stabilisation en
coordination avec les humanitaires et les acteurs de la reconstruction
;
-
Les activités de formation ont été mises en
conformité, tout au long du cycle, avec ce scénario :
planification au niveau stratégique à LUANDA en avril,
aux niveaux opératif et tactique à LIBREVILLLE, KOULIKORO
et YAOUNDE en septembre et novembre prochain ;
-
C'est donc bien un cycle complet de formation, conforme aux normes de
maintien de la paix édictées par l'ONU, qui se
décline par le biais de ces différents modules ;
D'ores et déjà, nous pouvons tirer quelques enseignements
de ces évolutions. RECAMP est arrivé à
maturité et présente de nombreux atouts :
-
C'est d'abord un outil politique rassembleur, au service des efforts
d'intégration régionale ;
-
C'est un forum, qui facilite la transmission des concepts de maintien
de la paix, en échangeant expérience africaine et
expertise européenne ;
-
C'est un outil d'intégration pour les opérations de
gestion des crises ;
-
C'est un laboratoire pour les structures de commandement, les
procédures et les méthodes de travail ;
-
C'est, au travers d'un réseau d'écoles régionales,
un outil de formation mais aussi de soutien, au service des acteurs des
opérations de maintien de la paix. Nous l'avons vu et cela va
continuer, au profit des missions de paix au Darfour ;
-
C'est, enfin, un moyen pour les responsables politiques africains
permettant d'évaluer le niveau de préparation
opérationnelle des unités et des états-majors,
pouvant être engagés dans des opérations de
maintien de la paix
Conclusion
-
Nous sommes engagés dans une période de
réalisation concrète, sur le terrain, d'instruments
adaptés aux défis de notre temps ;
-
Nous abordons ces questions avec pragmatisme, en échangeant nos
expériences et en tenant compte des spécificités
et des besoins de ce continent ;
-
Les progrès déjà accomplis sont immenses.
L'investissement consenti est conséquent. N'en doutons pas,
« SAWA 2006 » apportera un lot d'enseignements forts
utiles, pour faire évoluer nos capacités d'action
commune. Le séminaire « retour d'expériences
» prévu à Addis Abbéba en février
2007 sera, à cet égard, un moment précieux ;
-
Travailler ensemble, entre dirigeants et décideurs civils et
militaires, permet de mieux préparer l'avenir. Votre avenir, qui
est aussi le notre.
Je vous remercie

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