La Communauté Economique des Etats de l'Afrique Centrale L'Union Africaine et l'Union Européenne

Cycle RECAMP V

Exercice Sawa 2006

Allocution du Vice-amiral d'escadre Hervé GIRAUD, Directeur de la coopération militaire et de défense

Prononcée le 8 juin 2005 lors de l'ouverture du 6e Forum de l'IHEDN sur le continent africain - FICA 2005.

Seul le prononcé fait foi.

Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs
Messieurs les officiers généraux
Mesdames et Messieurs,

Je voudrais, au nom de M. Douste-Blazy, Ministre français des Affaires étrangères, souhaiter, à mon tour, la bienvenue à Paris à la centaine d'auditeurs venus des continents africain, européen, américain, et asiatique au VI ième forum de l'IHEDN sur le continent africain.

En tant que Directeur de la coopération militaire et de défense du Quai d'Orsay, la présence significative de tant de nos partenaires concernés par l'histoire et le destin de ce continent, me conforte dans la conviction que l'engagement de la France à l'égard de l'Afrique doit résolument s'inscrire dans une dynamique de mutualisation, concrète et constructive des efforts en appui aux initiatives africaines.

J'ai souvent l'occasion de faire partager cette conviction au cours de mes nombreux déplacements dans les capitales de l'Union européenne et auprès de mes partenaires africain et lors des contacts que j'entretiens avec l'ensemble des partenaires intéressés à la stabilité et au développement du continent africain.

Ce Forum perpétue une tradition d'échanges avec les élites civiles et militaires venues de l'ensemble de votre continent. Certains d'entre vous ont reçu une partie de leur formation en France et ce type de rencontres prolonge donc cet investissement personnel. D'autres connaissent moins ou pas du tout notre pays, et ce bref et dense exercice devrait, je l'espère, contribuer à établir des liens durables et de qualité. Je suis personnellement soucieux, du suivi de nos réseaux d'anciens élèves des écoles militaires ou des anciens auditeurs des sessions internationales de l'IHEDN, et je m'efforce toujours de rencontrer ces personnalités au cours de mes déplacements dans vos pays respectifs.

Le FICA constitue désormais un point de repère parmi les grands rendez-vous avec l'Afrique : sommets biennaux Afrique - France des Chefs d'État et de Gouvernement, sommets du G8, et ceux bien entendu de l'Union africaine. Le calendrier 2005 est particulièrement dense car le Royaume Uni va présider à partir de juillet à la fois le G8 et l'UE et a souhaité placer l'Afrique au cœur des priorités de sa présidence.

Cette inscription du FICA au cœur des débats ayant trait à des événements importants est une constante. C'est ainsi que nous y avons traité dans le passé du NEPAD, de la prévention, puis de la gestion de crises. Nos hauts responsables, ministres, diplomates et militaires, ont ainsi l'occasion de faire passer des messages à nos partenaires. Mais nous avons aussi le souci que des points de vue, autres que français, s'expriment. C'est donc une occasion précieuse et privilégiée de nous parler franchement.

Le choix que nous faisons des thèmes fournit à nos décideurs et aux vôtres, un rapport d'étape sur les priorités, nos débats fournissant souvent l'occasion de nuancer des préjugés tenaces.

Mais leur objectif essentiel demeure, et c'est ce qui est fondamental, d'ouvrir des pistes et de donner lieu à une réelle clarification de nos perceptions respectives et de nos convergences.

Je constate d'ailleurs que le FICA, événement très prisé, fournit une excellente occasion de travailler en équipe, avec des personnalités représentatives de tous les secteurs de la société, des civils et des militaires, qui acquièrent, ce faisant, l'expérience de la réflexion en commun.

Cette session sera menée dans les trois langues internationales majeures et véhiculaires au sein du continent africain, reconnaissance explicite du caractère suranné des anciens clivages linguistiques dans un monde marqué par l'interdépendance.

Nous avons à dessein choisi cette année de traiter de l'architecture de paix et de sécurité en Afrique, construction à laquelle se sont attelés l'ensemble des pays africains, sous l'égide de l'Union africaine avec l'implication des organisations sous - régionales.

Cet effort d'harmonie et de cohésion pour se doter des outils, institutionnels et militaires dans le domaine de la prévention et de la gestion des crises, correspond à une dynamique de l'intégration africaine'inscrite dans la durée.

Je suis, au niveau de responsabilités que j'occupe, particulièrement attentif à ces évolutions.

Vous êtes les premiers acteurs de cet effort, et vous avez sans aucun doute déjà réfléchi à la définition d'une politique africaine de paix et de sécurité. L'Union africaine, mais aussi les organisations sous-régionales, dont la plupart sont représentées ici, au sein des cinq régions de l'UA dans lesquelles s'organisent les brigades régionales en attente, ont souhaité établir des partenariats avec des acteurs extérieurs à la région.

Nous nous efforçons d'y répondre ensemble dans un format multilatéral et européen, ce qui ne nous interdit naturellement pas de continuer à mener dans un cadre de partenariat bilatéral des actions au profit de chacun des pays ici représentés mais intégrant les dynamiques régionale ou continentale.

Certains efforts collectifs ont commencé à porter leurs fruits dans le domaine de l'apaisement des tensions, du retour à la paix, du rétablissement de la sécurité. Au cours des derniers mois, si les foyers de tension ne se sont pas tous apaisés en Afrique, si certains se sont même ravivés, des pays se sont néanmoins engagés dans des scenarii de sorties de crises, au niveau national et régional et ont approfondi le processus de pacification, de retour à la normale, voire entamé la reconstruction. Dans chaque cas, nous cherchons à appuyer ces processus dans le cadre d'un partenariat.

Je souhaite dire ici que les résurgences de vieux conflits, quelles que soient leurs origines ne sont nullement l'apanage de l'Afrique. La sagesse africaine a su même à plusieurs reprises puiser dans ses ressources et dans sa mémoire pour les juguler, en mettant l'accent sur la prévention et l'alerte précoce.

Cette approche - la formation à la culture de la paix, au règlement pacifique et équitable des différends, le rappel des solidarités fondamentales, celles qui unissent et non qui divisent - sont profondément enracinée d'ailleurs dans la culture africaine. Nul doute que, dans le dialogue que vous allez mener au cours de ces journées, des apports réciproques se concrétiseront.

Je tiens à mettre en exergue l'implication des hautes autorités françaises et européennes dans ce Forum qui, compte tenu du nombre inégalé de pays participants (60, le chiffre le plus élevé depuis la création des FICA), de la qualité de leurs représentants, sera, j'en suis sûr, un succès.

Plusieurs personnalités de haut rang du Quai d'Orsay participeront à ce Forum. M. Bruno JOUBERT, Directeur d'Afrique et de l'Océan indien, prononcera une conférence dans cette enceinte au cours des prochains jours, ainsi que M.TEIXEIRA DA SILVA pour la direction des nations-unies.

Moi-même, je vous présenterai le 16 juin les priorités de la coopération militaire et de défense française en Afrique. Quatre de mes collaborateurs, un diplomate, comme cadre de comité, et trois militaires comme auditeurs de cette session, partageront vos travaux et me feront part régulièrement du déroulement de ceux-ci et relayeront, bien entendu, vos attentes ou demandes spécifiques.

Cet engagement enthousiaste de chacun est déterminant pour l'avenir. La construction d'une architecture de paix et de sécurité en Afrique, est un objectif dynamique et ambitieux pour votre continent. Cet édifice, bâti sur l'expérience, est indispensable pour tourner le dos aux conflits, et assurer la voie du développement. Je souhaite que les travaux que vous conduirez enrichissent notre expérience commune et contribuent ainsi à la lisibilité de notre réflexion et de nos modes d'action.

Je voudrais donc vous souhaiter à tous des échanges fructueux, et un excellent séjour culturel dans notre capitale, avec laquelle beaucoup d'entre vous entretiennent, je le sais, des liens affectifs, familiaux, ou universitaires multiples.
Je vous redis ma conviction profonde et sincère. L'Afrique, disait un ancien ministre des affaires étrangères, « élargit notre horizon et enrichit notre ambition ». Puisse cette ambition être largement partagée et nous engager tous sur la voie de l'espoir.

Bon travail à tous !

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