Exercice Sawa 2006
le 15 juin 2005 lors du 6e Forum de l'IHEDN sur le continent africain - FICA 2005.
La 6ème session du Forum de l'IHEDN sur le continent africain a pour thème central : « l'architecture de paix et de sécurité en Afrique ».
Dans ce cadre, il m'a été demandé de vous parler du concept « RECAMP » et de son rôle dans la gestion des crises.
« RECAMP » est un concept français qui a été défini et mis en œuvre en 1997. Sa signification et son objectif sont contenus dans son appellation elle-même puisque « RECAMP » est un sigle qui veut dire tout simplement « REnforcement des Capacités Africaines de Maintien de la Paix ».
Ce concept repose sur une première idée : c'est aux Africains eux-mêmes d'assumer la mission de prévenir les crises, ainsi que de maintenir ou de rétablir la paix lorsqu'un conflit a éclaté sur leur continent. C'est une responsabilité qu'ils revendiquent à juste titre. Ce concept reflète aussi un second principe, symétrique du premier : c'est aux partenaires de l'Afrique, qu'il s'agisse de pays ou d'organisations internationales, d'apporter leur appui aux Africains pour leur donner les moyens d'exercer cette responsabilité.
On peut noter que ce concept français était en avance sur son temps et qu'il a joué un rôle de pionnier. En effet, en 1997, l'Union Africaine n'existait pas encore ; les Organisations sous-régionales comme la CEDEAO, la CEEAC et d'autres, consacraient leurs efforts à la coopération économique entre leurs Etats membres ; l'Union Européenne ne s'impliquait que dans l'aide au développement proprement dite.
La France était la seule à considérer que le développement ne pouvait pas se concevoir sans renforcement de la stabilité sur le continent africain et donc sans renforcement des moyens des Etats et des Organisations inter-étatiques africaines pour garantir cette stabilité.
Depuis lors, les choses ont bien changé, heureusement. L'ensemble de la Communauté internationale tout comme les Institutions Africaines elle-mêmes adhèrent aujourd'hui à ce principe de base :
« pas de développement sans sécurité, et pas de sécurité sans développement ».
Après avoir décrit le contenu du concept « RECAMP » et les programmes qui en découlent, j'évoquerai les évolutions qu'il connaît actuellement, tant il est vrai qu'il importe d'adapter en permanence les dispositifs aux changements qui affectent le contexte géopolitique dans lequel ils s'inscrivent.
L'objectif principal du concept RECAMP, comme je l'indiquais au début, est d'apporter un appui aussi efficace que possible aux Etats et Organisations africaines en matière de maintien de la paix. Il répond, dans ce domaine, au principe de l'appropriation par les Africains de la responsabilité de gérer eux-mêmes les problèmes de leur continent.
Dès le départ, ce concept a été conçu comme devant s'appliquer dans un cadre multinational et non bilatéral. C'est pourquoi un partenariat a été d'emblée recherché avec les organisations sous-régionales existantes :
La raison d'être de ce choix est bien sûr que les initiatives et les interventions éventuelles en cas de crise ou de conflit déclaré ne peuvent s'envisager que dans un cadre multinational, qui leur assure la légitimité nécessaire pour agir et qui leur permet de disposer des moyens suffisants pour être efficaces.
A cette mutualisation des actions et des moyens africains a correspondu une recherche d'une mutualisation des appuis apportés par les pays développés contributeurs : à la France, qui a fourni l'effort principal, se sont ainsi associés progressivement d'autres partenaires, notamment la Grande-Bretagne, l'Espagne, les Etats-Unis, la Belgique, le Portugal, le Canada, l'Allemagne, l'Italie, les Pays-Bas, la Suède, le Japon, le Danemark.
Dernière observation générale : le concept « RECAMP » n'est pas réservé aux seuls pays africains francophones. Il est ouvert à tous les pays africains d'une même sous-région, qu'ils soient anglophones, lusophones ou hispanophones.
Comment se traduit concrètement la mise en œuvre du concept « RECAMP » ?
RECAMP est un concept. Mais c'est aussi un ensemble de dispositifs qui traduisent cette idée en réalités concrètes. Sur ce plan, RECAMP repose sur trois piliers :
a) La formation :
La formation s'applique à plusieurs domaines :
- celui de prévention des conflits, qui est à la
charnière entre la diplomatie et les actions à
caractère militaire.
Il s'agit là de renforcer les capacités des organisations
sous-régionales en matière d'analyse des situations et
d'aide à la décision. Dans ce but, des cadres civils et
militaires africains exerçant des responsabilités dans les
organisations sous-régionales ou dans leurs pays sont
invités régulièrement à participer à
des séminaires, des forums de réflexion et des
conférences dans le cadre des cycles RECAMP mais aussi chaque
année à l'IHEDN, comme c'est le cas avec le forum auquel
vous participez actuellement. Ces formations peuvent être
organisées par la France comme par d'autres pays partenaires de
RECAMP.
- dans le domaine plus strictement militaire, la formation concerne la
mission de commandement.
Elle s'applique aussi bien au niveau stratégique qu'aux niveaux
opératif et tactique. Les actions de formation peuvent être
individuelles ou collectives (au niveau bataillon ou état-major de
force). Elles sont dispensées soit dans des établissements
spécialisés, soit au cours de sessions organisées
par des Détachements d'Instruction Opérationnelle (DIO) ou
Technique (DIT) déployés à cette fin.
Pour le niveau stratégique, les formations proposées sont assurées en France, au Collège Interarmées de Défense ou à l'IHEDN, mais également en Afrique, que ce soit au Kofi Annan International Peace Training Center (KAIPTC) à ACCRA, ou dans les Ecoles d'Etat-Major au GABON ou au MALI.
Pour le niveau opératif, des formations sont également
organisées dans les mêmes centres en Afrique, et en France,
cette fois à l'Ecole d'Etat-Major de COMPIEGNE qui, chaque
année, accueille une vingtaine d'officiers africains.
Qu'il s'agisse du niveau stratégique ou du niveau
opératif, ces différentes formations vont
bénéficier de l'appui du dispositif des forces
françaises pré-positionnées en Afrique, qui
accueilleront des officiers africains dans leurs états-majors,
pour leur permettre de compléter leur expérience sur le
plan opératif.
Les modifications qui viennent d'être apportées au dispositif des forces françaises pré-positionnées en Afrique faciliteront grandement ce type de formation, en complément de ce qui se fait dans les écoles.
Le Général de Corps aérien MASSON, s'exprimant au nom du Chef d'Etat-Major des Armées, le Général Henry BENTEGEAT, a évoqué, le 8 juin dernier, les grandes lignes de ces modifications. Le principe en est simple : il s'agit d'adapter notre dispositif militaire au découpage du continent en plusieurs sous-régions, chacune d'elles correspondant en règle générale à une organisation sous-régionale. Par exemple, la CEDEAO pour l'Afrique de l'Ouest. Dans chacune de ces sous-régions, l'Union Africaine souhaite la mise en place d'une Brigade capable d'intervenir dans une opération de maintien de la paix sur son territoire ou ailleurs.
Les modifications introduites dans l'organisation de nos forces pré-positionnées consistent à faire coïncider leur implantation et le champ de leurs compétences avec les structures sous-régionales africaines.
Dans chaque Sous-région, le commandement des forces françaises sera assuré par un Officier Général, qui sera l'interlocuteur des Autorités de la Sous-région en matière de sécurité et de contribution au maintien de la paix. C'est une harmonisation très positive des différents systèmes, qui permettra de faciliter le travail en commun.
Pour le niveau tactique, si la formation des unités elles-mêmes reste du ressort de chaque pays, celle des cadres est assurée, dans le domaine du maintien de la paix, dans les Ecoles Nationales à Vocation Régionale (ENVR). Il en existe 14 et elles accueillent des stagiaires provenant de tout le continent africain (carte). L'Ecole de Maintien de la Paix du MALI fait partie de ce réseau (carte).
Cette Ecole est actuellement située à KOULIKORO. Mais elle va s'installer, en partenariat avec le MALI, dans des locaux neufs, spécialement construits pour l'accueillir, à BAMAKO, à la fin de 2006. La réalisation de cette nouvelle Ecole doit s'effectuer avec le concours de plusieurs partenaires qui ont proposé d'ajouter leur contribution à celle de la France : la Grande-Bretagne, les Pays-Bas, le Canada à travers le Centre Pearson, et la Suisse.
L'Ecole de Maintien de la Paix du MALI organise principalement trois types de stages au niveau tactique :
L'objectif de la formation dispensée est d'instruire les officiers d'état-major, dans un environnement bilingue français et anglais, de leur enseigner les règles internationales en vigueur, les procédures opérationnelles et les savoir-faire techniques nécessaires à tout engagement dans le maintien de la paix. Le maintien de la paix suppose en effet des approches et des méthodes spécifiques, qui diffèrent nettement de celles des opérations militaires classiques. Dans ces opérations, les forces ne se trouvent pas en présence, en général, d'armées constituées, mais de milices et de bandes armées dans un contexte de guérilla. La présence de populations civiles nombreuses (personnes déplacées et réfugiées) soulève des problèmes humanitaires et sanitaires urgents et difficiles. Les règles d'engagement doivent obéir aux prescriptions fixées par le mandat précis défini par les organisations internationales sous l'égide desquelles la force est déployée. Tout cela suppose d'utiliser des méthodes adaptées spécifiquement à ce type d'interventions.
Autre intérêt présenté par la formation délivrée à l'Ecole du MALI : elle permet de renforcer l'intégration sous-régionale en rapprochant des officiers qui seront peut-être appelés à travailler ensemble, un jour ou l'autre, au sein d'un même état-major sous-régional.
Qu'il s'agisse de l'Ecole du MALI ou des autres Ecoles, les formations proposées sont toutes orientées vers le maintien de la paix, dans ses volets militaire mais aussi civilo-militaire, juridique, sanitaire et même humanitaire. Sur ce dernier point je pense par exemple à l'Ecole de OUIDAH (BENIN) spécialisée dans le déminage.
On le voit, RECAMP mobilise tout un ensemble de formations très diversifié tant dans les contenus que dans les niveaux et les spécialités. Il allie les formations en Ecoles et les formations en état-major.
C'est la Direction de la Coopération Militaire et de la
Défense (DCMD) du Ministère des Affaires Etrangères
qui soutient le réseau des 14 ENVR. Plus globalement l'ensemble du
dispositif de formation implique l'appui de la DCMD mais aussi celui des
forces et des moyens du Ministère de la Défense et de
l'Etat-Major des Armées.
En 2004, plus de 1.300 stagiaires ont reçu une formation dans les
dispositifs mis en œuvre dans le cadre de RECAMP.
b) Le deuxième pilier de RECAMP est celui de l'entraînement :
RECAMP fonctionne par cycles d'entraînement. Chaque cycle a une durée de deux ans. Il y en a déjà eu quatre, le dernier, qui se déroulait dans le cadre de la CEDEAO et en partenariat avec cette organisation sous-régionale, s'est achevé en décembre 2004 au BENIN. Au cours de chaque cycle, il s'agit de mettre en jeu, au niveau d'une organisation sous-régionale et avec tous les pays partenaires africains et non africains qui participent à RECAMP, l'ensemble de la chaîne de prévention, de gestion et de résolution des conflits.
Les deux années du cycle sont rythmées par cinq rendez-vous principaux :
Un nouveau cycle, RECAMP V, va débuter dans quelques jours par une conférence d'initialisation qui se tiendra au siège de l'Union Africaine à ADDIS ABEBA (ETHIOPIE). Ce cycle se déroulera cette fois dans le cadre de la Communauté Economique des Etats d'Afrique Centrale (CEEAC). La conférence d'initialisation réunira les représentants des pays membres de cette organisation et ceux des pays contributeurs du nord, mais aussi, pour la première fois, les Autorités de l'Union Africaine et de l'Union Européenne. Je reviendrai sur cette novation importante, qui marque l'élargissement du partenariat qui est un principe fondamental de RECAMP. RECAMP V se déroulera entre juin 2005 et janvier 2007.
Parallèlement aux cycles majeurs d'entraînement que je viens de décrire, il existe aussi des exercices intercycles. Ils ont pour but de pérenniser les acquis et l'expérience obtenus lors des cycles majeurs. Ils sont conçus et conduits par les Etats africains concernés, avec leurs moyens propres et ceux des forces françaises présentes dans la zone géographique intéressée. A titre d'exemple, un intercycle vient de se dérouler au BOSTWANA, dans le cadre de la SADC, avec une participation des Forces Françaises de l'Océan Indien basées à LA REUNION. Il fait écho au cycle RECAMP III qui s'était tenu dans le cadre de l'Afrique de l'Est en 2001 et 2002 et qui portait le nom de « TANZANITE ».
c) Le troisième et dernier pilier de RECAMP concerne l'engagement des forces africaines :
Lorsqu'une opération de maintien de la paix africaine est mise sur pieds, il s'agit de lui apporter, et cela le plus vite possible, un soutien direct. A titre d'exemple, je citerai la force constituée par la CEEAC pour stabiliser la République Centrafricaine en 2003 à la suite du grave conflit interne qui a affecté ce pays et qui a vu le renversement du régime du Président Ange-Félix PATASSE. Je citerai bien sûr également le cas de la Côte d'Ivoire, où la CEDEAO a décidé d'envoyer sur place des contingents fournis par les Etats membres de cette Organisation pour stopper en urgence un engrenage des combats qui pouvait conduire à un embrasement général du pays et provoquer de terribles ravages et d'innombrables victimes.
Dans un cas comme celui-là, les Nations Unies, en raison des délais nécessaires pour que le Conseil de Sécurité se prononce, n'avaient pas encore pu mettre en place elles-mêmes une Opération de Maintien de la Paix. Il fallait agir vite. C'est donc la CEDEAO, avec le soutien de l'Union Africaine, qui a décidé d'intervenir.
C'est RECAMP qui a fourni l'appui aux contingents de la CEDEAO :
Cela me conduit à évoquer un autre dispositif RECAMP : les dépôts de matériels pré-positionnés. Il en existe trois, respectivement installés à DAKAR, à LIBREVILLE et à DJIBOUTI. Ils sont naturellement implantés là en accord avec le pays d'accueil. Ils sont destinés exclusivement à équiper et à soutenir une force africaine dans le cadre d'une mission de soutien de la paix. Ils comprennent les matériels suivants :
Chaque dépôt est en mesure d'équiper un bataillon de 617 soldats.
La maintenance et le renouvellement de l'ensemble de ces matériels et de ces équipements est bien évidemment une préoccupation importante. Cela d'autant plus qu'ils ont été et qu'ils sont sollicités fortement en raison du nombre et de l'importance croissants des opérations de maintien de la paix menées sur le continent africain avec une participation de contingents fournis par les pays africains.
Jusqu'à présent, l'essentiel des matériels stockés dans les dépôts RECAMP a été fourni par l'Armée française. Il s'agit en grande partie de matériels rendus disponibles par la réduction du format des armées consécutive à la professionnalisation. Cette ressource est désormais largement consommée. Son renouvellement se fera par l'acquisition, sur le budget français de la Défense, de matériels nouveaux, mais aussi, probablement, par la mise à disposition dans les dépôts RECAMP de matériels fournis par d'autres pays partenaires. Des propositions ont été faites à cet égard. Elles sont à l'étude car il convient que les matériels en question soient adaptés aux missions à remplir, que la maintenance en soit assurée, que les problèmes de responsabilité juridique et de surveillance des matériels soient réglés. Quoi qu'il en soit, la France a proposé à ses partenaires d'ouvrir les dépôts RECAMP à leur contribution et cette proposition a reçu un accueil favorable de la part de plusieurs d'entre eux. Elle se concrétisera sans doute dans un proche avenir.
Après avoir décrit les principes qui inspirent le concept RECAMP, puis analysé son contenu et les dispositifs concrets qui en découlent (la formation, l'entraînement et le soutien à l'engagement des forces africaines), je vais vous parler du rôle de RECAMP dans la gestion des crises et de l'évolution qu'il connaît actuellement.
Au fil de mon exposé, j'ai cité plusieurs crises dans lesquelles des contingents africains ont été conduits à intervenir comme forces de maintien de la paix, notamment celles qui ont affecté la République Centrafricaine et la Côte d'Ivoire. Ces contingents ont été mandatés par l'Organisation sous-régionale africaine concernée et par l'Union Africaine. Dans un cas comme celui de la Côte d'Ivoire, la force de la CEDEAO, la MICECI, est passée ensuite sous mandat des Nations Unies après que le Conseil de Sécurité eût décidé de mettre en place une Opération de Maintien de la Paix de l'ONU. La MICECI est alors devenue l'ONUCI. En République Démocratique du Congo (RDC), des contingents africains sont également engagés dans la MONUC, l'Opération de Maintien de la Paix des Nations Unies. Dans ce cas, c'est l'Union Africaine qui a été l'acteur politique majeur du coté africain.
On pourrait aussi citer d'autres situations de crises, plus ou moins graves, comme celles qui sont apparues à Sao-Tomé et Principe, en Guinée-Bissao, au Togo, au Soudan, dans la région du Darfour.
Dans toutes ces opérations, qu'elles aient nécessité une intervention sur le terrain ou non, RECAMP a joué son rôle d'opérateur dans la préparation des forces africaines aux missions qui les attendaient, dans leur équipement et dans leur soutien.
Le principe RECAMP est toujours le même : renforcer les capacités africaines à tous les stades d'une crise, de sa prévention à son traitement.
Il s'agit de répondre à la volonté exprimée par les Africains d'assumer eux-mêmes la responsabilité principale du maintien de la paix.
Cela me conduit au dernier volet de cette présentation :
Depuis son origine le concept RECAMP n'a cessé d'évoluer et de s'adapter aux changements apparus dans le contexte des crises en Afrique. Conçu à l'origine par la France et ses partenaires africains traditionnels, principalement les pays francophones, il s'est ouvert progressivement à de nouveaux partenaires : d'abord des pays africains non-francophones, en Afrique de l'Ouest puis dans d'autres zones du continent, mais aussi des pays européens qui s'y associent à titre bilatéral.
Nous vivons maintenant un tournant important. La principale novation tient à l'implication dans le traitement des crises africaines de deux acteurs nouveaux : l'Union Africaine et l'Union Européenne.
- L'Union Africaine d'abord :
L'Union Africaine a été créée officiellement lors du Sommet des Chefs d'Etat qui s'est réuni à MAPUTO, capitale du Mozambique, en 2002. Elle succédait à l'Organisation de l'Unité Africaine (OUA), qui n'était en réalité qu'une organisation inter-étatique de concertation et de débats politiques.
L'Union Africaine, au contraire, s'est fixée des objectifs ambitieux : le développement du continent, à travers le projet du NEPAD, la promotion de l'état de droit et le maintien de la paix et de la stabilité. Elle a entrepris de se doter de moyens qui lui permettent d'être réellement l'interlocuteur de la Communauté Internationale en tant que représentante de l'ensemble des pays africains (à la seule exception, pour le moment, du Maroc, mais pour une raison qui tient au problème sarahoui).
Elle s'est bâtie sur le modèle de l'Union européenne, mais en allant plus vite et plus loin que cette dernière sur le plan des institutions. Sous le contrôle du Sommet des Chefs d'Etat, elle est dirigée par une Commission de 10 membres, où la parité hommes/femmes est assurée, de même que la représentation géographique des différentes régions du continent. Le Président de l'Union Africaine est actuellement le Président OBASANJO, Président du Nigeria. Le Président de la Commission est M. Alpha Oumar KONARE, ancien Président de la République du Mali.
Dans le domaine de la paix et de la sécurité, l'un des membres de la Commission, M. Saïd DJINNIT, est spécialement chargé de ce secteur. Il existe aussi un Conseil de Paix et de Sécurité, qui suit en permanence toutes les situations de crises. Un état-major a été créé au siège de l'organisation, à ADDIS-ABEBA. Il est en phase de développement.
Les Institutions ayant été mises en place, l'Union Africaine a entrepris de construire une architecture de sécurité, lui permettant d'agir directement dans le traitement des conflits. Le pilier central de cette architecture est la « Force Africaine en Attente » (FAA), constituée de l'Etat-Major que j'évoquais à l'instant et de Brigades pré-identifiées et formées au maintien de la paix, au niveau de chacune des sous-régions du continent.
Sans attendre que toute cette architecture soit achevée, vous avez observé que l'Union Africaine s'est déjà impliquée non seulement sur le terrain diplomatique, en utilisant les moyens de la médiation, des pressions voire des sanctions, mais aussi sur le terrain militaire. Elle l'a fait en envoyant sous son drapeau des contingents fournis par ses Etats membres dans plusieurs conflits, le principal d'entre eux étant actuellement le Darfour, au Soudan.
Bien entendu, l'Union Africaine demande à la Communauté Internationale de lui apporter l'aide nécessaire à la mise en œuvre de son dispositif de paix et de sécurité. Cette aide commence à lui être effectivement apportée, à la fois par certains pays développés contributeurs, dont la France, mais aussi par l'Union Européenne.
- L'Union Européenne est précisément le second acteur nouveau qui apparaît dans le domaine du maintien de la paix en Afrique.
Jusqu'à une date récente, l'Union Européenne consacrait exclusivement ses efforts au développement de l'Afrique, à travers le « Fonds Européen de Développement » (FED), géré par la Commission Européenne et placé sous la responsabilité d'un des Commissaires, chargé du Développement et de l'Aide Humanitaire, actuellement M. Louis MICHEL. Le FED est doté d'une enveloppe financière de 3,5 milliards d'euros sur cinq ans. Je signale au passage que la France est le premier contributeur européen du FED, puisqu'elle finance près du quart (exactement 24,6 %) du total de ce Fonds, suivie par l'Allemagne avec 23 %. A elles deux, la France et l'Allemagne financent près de la moitié du FED, les 23 autres pays européens se partageant l'autre moitié.
Au niveau de l'Union Européenne, l'idée que le sous-développement et l'instabilité étaient intimement liés et qu'on ne pouvait pas résoudre l'un sans s'attaquer simultanément à l'autre a fini par s'imposer. La France a beaucoup contribué à cette prise de conscience, en raison de l'expérience et de la connaissance qu'elle a acquise, depuis longtemps, de la situation du continent africain.
Cette prise de conscience de l'Union européenne a conduit à deux décisions :
Pour la première fois, l'Union Européenne est intervenue
sous ses propres couleurs en dehors du continent européen. Cette
intervention s'est faite avec l'aval des Nations Unies et de l'Union
Africaine. Elle a réuni des contingents majoritairement
français mais aussi belges et suédois. D'autres pays
européens y ont contribué par des appuis logistiques,
sanitaires et techniques, comme l'Allemagne par exemple.
Depuis lors, et même si ce type d'opérations n'a pas
vocation à se multiplier, l'implication de l'Union
européenne dans le domaine de la sécurité en Afrique
est un fait acquis.
Cela se traduit principalement par la volonté de l'Union Européenne de nouer un partenariat étroit et solide avec l'Union Africaine dans ce domaine.
Si j'ai décrit assez précisément les évolutions qui ont caractérisé, dans la période récente l'orientation et l'organisation de l'Union Africaine et de l'Union Européenne en matière de maintien de la paix en Afrique, c'est parce que ces évolutions ont modifié le contexte dans lequel le concept RECAMP est appelé à fonctionner. Devant l'émergence de ces deux nouveaux et importants acteurs, la France a estimé qu'il fallait envisager une nouvelle adaptation de ce concept et des divers instruments qui en découlent.
Elle a donc proposé aux deux unions d'ouvrir RECAMP à un partenariat avec elles.
Dans le cadre de la mission qui m'a été confiée par le gouvernement français, j'ai entamé des discussions au plus haut niveau avec les Autorités de l'Union Européenne et avec celles de l'Union Africaine.
Sur le principe de ce partenariat, l'accueil rencontré par nos propositions a été positif. Du côté de l'Europe, nous avons deux interlocuteurs :
Du côté de l'Union Africaine, c'est la Commission, son Président, M. Alpha Oumar KONARE, et le Commissaire DJINNIT, qui sont nos interlocuteurs, assistés de l'Etat-Major mis en place au siège de l'Organisation.
Le lancement du cycle RECAMP V à ADDIS ABEBA, lors de la Conférence d'Initialisation qui aura lieu le 20 juin prochain, symbolise le partenariat qui va s'établir désormais avec les deux organisations continentales.
Evidemment, bien des dispositions devront encore être précisées et complétées, mais on voit déjà apparaître la perspective que RECAMP soit un opérateur majeur d'une action commune en matière de soutien à la paix en Afrique.
L'une des questions qui devra être clarifiée est celle de l'articulation entre les responsabilités et les missions respectives de l'Union Africaine et des Organisations sous-régionales africaines déjà fortement impliquées dans le maintien de la paix. Mais c'est aux Africains de régler cette question.
Je précise qu'en ce qui nous concerne, les partenariats existant avec les organisations sous-régionales africaines et avec les partenaires bilatéraux occidentaux ne sont pas remis en cause. Il s'agit avant tout d'ouvrir plus largement les partenariat existants et de rechercher, dans les objectifs et dans les moyens mobilisés, encore plus de cohérence et plus d'efficacité. Notre but est de mettre à la disposition de tous ceux qui le souhaitent - organisations internationales ou Etats partenaires - l'expérience acquise ainsi que des moyens et des méthodes qui ont fait leurs preuves.
Telles sont les informations que je souhaitais vous apporter sur le concept RECAMP, ses origines, son contenu et son évolution en fonction des réalités.
L'objectif de RECAMP n'a pas changé : il consiste, parallèlement à un accroissement nécessaire de l'effort des pays développés en faveur du développement de l'Afrique, à fournir aux Africains les moyens d'exercer, comme ils en ont affirmé la volonté, la responsabilité de la paix et de la stabilité sur leur continent. Mais les méthodes et les moyens de RECAMP s'adaptent aux nouvelles réalités africaines.
C'est pourquoi, je suis plus que jamais convaincu que RECAMP peut être un instrument efficace au service de la paix sur le continent africain.
Je vous remercie de votre attention.
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