Exercice Sawa 2006
Prononcé le mercredi 17 mai 2006 au Palais du Parlement, à l'occasion de la Cérémonie d'ouverture.
Seul le prononcé fait foi.
Excellence Monsieur le Premier Ministre,
Monsieur le Représentant Spécial de l'Union
Européenne
Monsieur le Représentant de l'Union Africaine,
Messieurs les Ministres,
Monsieur le Maire de Brazzaville,
Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs et Représentants
- du Département des Opérations de Maintien de la Paix de
l'ONU,
- des Organisations sous-régionales africaines,
- des Etats Membres de la CEEAC et des Etats partenaires de
RECAMP,
Messieurs les Officiers Généraux et Officiers
Supérieurs,
Mesdames et Messieurs,
Je veux d'abord vous remercier, Monsieur le Premier Ministre, de bien vouloir présider cette cérémonie d'ouverture et d'y représenter son Excellence Monsieur Denis SASSOU NGUESSO, retenu par les charges de sa fonction. Par votre intermédiaire, je tiens à saluer respectueusement Monsieur le Président de la République du Congo et le remercier d'avoir bien voulu accueillir au Congo le Séminaire politico-stratégique, événement majeur du cinquième cycle de RECAMP, qui se déroule, sur près de deux ans, dans le cadre de la Communauté Economique des Etats de l'Afrique Centrale, la CEEAC.
Le fait que le Président SASSOU NGUESSO exerce actuellement et simultanément la Présidence de la CEEAC mais aussi celle de l'Union Africaine, et le fait que le Congo exerce en ce moment la présidence du Conseil de Sécurité des Nations-Unies, donnent à notre réunion à Brazzaville un relief tout à fait exceptionnel. Cela souligne l'importance de cette réunion internationale, au moment où la nécessité de renforcer la stabilité et la sécurité sur le continent africain nous appelle tous à conjuguer nos efforts. L'implication personnelle active et persévérante du Président SASSOU NGUESSO, comme Président de l'Union Africaine, dans la recherche de solutions à de nombreuses crises en Afrique est pour nous tous un puissant encouragement.
Je voudrais ensuite remercier de leur participation les nombreuses personnalités de haut rang, civiles et militaires, qui représentent les Organisations Internationales et les Etats partenaires de RECAMP, avec une mention spéciale pour les onze pays membres de la CEEAC.
J'exprime une reconnaissance particulière à Monsieur Aldo AJELLO, Représentant Spécial de l'Union Européenne. Sa présence ici manifeste l'engagement de l'Europe en faveur de la sécurité de l'Afrique et sa volonté d'appuyer fortement les efforts accomplis dans ce but par les Africains eux-mêmes, notamment à travers les initiatives de l'Union Africaine et des Organisations sous-régionales africaines.
Je salue aussi le Représentant de la Commission Africaine, le Général HASSAN, chef de l'Etat-major de planification de l'Union Africaine, qui représente le Commissaire chargé de la Paix et de la Sécurité, M. Saïd DJINNIT, retenu à Addis-Abeba par une importante réunion sur le Darfour, ainsi que Monsieur Louis SYLVAIN-GOMA, Secrétaire Général de la CEEAC.
La participation de l'Union Européenne et de l'Union Africaine, qui, avec la CEEAC, coprésideront ce Séminaire politico-stratégique de RECAMP, est un événement nouveau plein de signification. Elle illustre un tournant dans l'évolution du concept qui est à l'origine de RECAMP. Ce tournant est celui de l'ouverture, proposée par la France, de ce concept et des programmes qui en découlent à un large partenariat.
Les nombreux défis auxquels nous sommes confrontés avec les crises et les conflits qui ont affecté le continent africain au cours des dernières années et aujourd'hui encore, nous obligent en effet à unir nos efforts et à travailler ensemble pour assurer aux peuples africains la paix et la sécurité qui sont les conditions du progrès et du développement.
Les Africains ont décidé très légitimement de prendre en mains la résolution des conflits et le maintien de la paix sur leur continent. Ils ont créé pour cela des institutions, au niveau du continent avec l'Union Africaine, son Conseil de Paix et de Sécurité et l'architecture de la Force Africaine en Attente, mais aussi au niveau des cinq grandes régions, dotées de leur propres institutions et mettant en place les Brigades régionales destinées à construire la Force africaine.
Quant à eux, les partenaires de l'Afrique ont le devoir et ils ont la volonté de lui apporter leur appui dans cette démarche.
C'est cette conviction qui a conduit la France à engager l'évolution de RECAMP. Depuis la création de ce dispositif en 1997, de nombreux pays africains et non-africains se sont progressivement associés à RECAMP et y ont même, pour certains d'entre eux, pris une part active. Aujourd'hui nous devons aller plus loin dans la mutualisation des efforts et dans le partage des tâches et des responsabilités. C'est ce qui fait l'importance de l'implication de l'Union Européenne et de l'Union Africaine dans RECAMP, appelé à devenir un opérateur commun au service de la paix et de la sécurité.
Pour lever toute ambiguïté, je veux dire clairement que cette évolution ne reflète pas une moindre implication de la France. Comme l'a dit le Général d'Armée Henri BENTÉGEAT, Chef de l'Etat-Major des Armées, la France reste plus que jamais engagée aux côtés des Africains. Mais, en face des nombreux et graves défis à relever, dans plusieurs régions du continent africain, nous sommes convaincus qu'il faut renforcer les capacités. Et pour faire plus, mieux vaut travailler ensemble.
Pour préciser les choses, je dirais que pour préserver les populations des conflits et des désastres qu'ils entraînent, il faut plus d'Afrique et plus d'Europe, ce qui ne veut pas dire moins de France.
Plus d'Afrique d'abord, car ce sont les Africains qui, à travers les Institutions qu'ils se sont données, disposent de la légitimité politique en matière de prévention et de traitement des crises. Et, je veux rendre hommage à l'Union Africaine et aux Organisations sous-régionales qui ont accompli, en peu de temps, des progrès impressionnants pour se donner les moyens d'exercer cette responsabilité.
Plus d'Europe ensuite, car l'Union Européenne a pris conscience, de son côté, du lien étroit qui existe entre sécurité et développement et qu'elle a décidé d'apporter son aide à l'Afrique dans ces deux domaines simultanément. Son aide matérielle, à travers le Fonds Européen de Développement et l'enveloppe spécifique de la « Facilité de Paix ». Mais aussi, lorsque cela répond aux souhaits des Africains et dans le cadre des décisions de la Communauté Internationale à travers les Nations Unies, par une implication directe de forces de maintien de la paix sur le terrain.
Ce fut le cas avec l'opération ARTEMIS en Ituri, dans la République Démocratique du Congo. C'est encore le cas actuellement avec la mise sur pied d'une force européenne capable, en cas de besoin, d'appuyer la MONUC pour garantir le déroulement pacifique du processus électoral en République Démocratique du Congo encore.
Plus globalement, l'adoption par l'Union Européenne, en décembre dernier, d'une « Stratégie pour l'Afrique » est un événement de la plus haute importance qui offre un cadre au partenariat entre l'Europe et l'Afrique dans le domaine de la paix et de la sécurité.
Et la France ? Je disais tout à l'heure : pas moins de France. Mais j'ajouterais : peut être davantage, si c'est possible. Mais surtout autrement, car l'efficacité implique de s'adapter en permanence aux évolutions du monde. La France a pris sa part - et une part importante, vous le savez - dans la mise en œuvre des partenariats, que j'ai évoqués. Elle continuera de le faire.
En ce qui concerne ses propres moyens, elle a entrepris de les faire évoluer dans leur organisation et dans leur emploi afin de les articuler avec l'architecture de paix et de sécurité décidée par l'Union Africaine, qu'il s'agisse de ses forces prépositionnées dans le cadre d'accords avec les Etats où elles se trouvent stationnées ou qu'il s'agisse du programme RECAMP destiné à former, à entraîner et à appuyer les contingents africains appelés à participer à des Opérations de maintien de la paix.
Dans le même but, la France développe aussi des partenariats avec des pays non-africains, comme par exemple le Canada, avec lequel elle anime l'Atelier n° 5 de la Force Africaine en Attente dans le domaine de l'Entraînement-Evaluation, atelier qui se réunit à Luanda.
La même volonté d'ouverture, de coopération et de partenariat se manifeste à propos du réseau des 14 Ecoles Nationales à Vocation Régionale qui fonctionnent actuellement et qui couvrent l'ensemble des missions civilo-militaires, et en particulier à propos de l'Ecole de Maintien de la Paix installée au Mali, qui travaille en liaison avec le Centre Kofi Annan d'Accra.
Avant de conclure, je voudrais insister sur un dernier point, qui concerne directement notre séminaire politico-stratégique et qui est intrinsèquement lié au concept même de maintien de la paix : je veux parler des nombreux aspects civils de RECAMP.
A côté de la formation, de l'entraînement et du soutien des contingents militaires africains appelés à servir dans des opérations de maintien de la paix, il y a une série de dispositifs et de programmes de caractère non militaire : formation de polices et de gendarmeries professionnelles et éduquées au respect des lois, appui à la mise en place de systèmes judiciaires, formation au traitement des problèmes des réfugiés et des personnes déplacées, mise en place de systèmes de soins et de traitements sanitaires, déminage humanitaire, transmissions, questions logistiques, etc.
Une opération de maintien de la paix ou de rétablissement de la paix dans un pays en crise suppose la maîtrise de tous ces problèmes, qui sont ceux que rencontrent immédiatement les contingents envoyés sur le terrain, nous le savons.
C'est pour cette raison que RECAMP doit proposer, et propose d'ailleurs, des formations et des moyens permettant aux contingents africains d'être capables de répondre aux besoins urgents qui s'expriment dans tous ces domaines.
Pour renforcer les capacités de RECAMP, le concours de partenaires nouveaux sera le bienvenu. Je pense en particulier aux pays qui, pour diverses raisons, ne peuvent pas ou ne souhaitent pas participer à des formations de type militaire.
Monsieur le Premier Ministre.,
Excellences,
Mesdames, Messieurs,
Cette réunion à Brazzaville revêt une particulière importance. Je le disais en commençant. Elle se situe en effet à un moment charnière : celui où se nouent de nouveaux rapports entre l'Afrique et ses partenaires sur le double plan du développement et de la sécurité, d'ailleurs inséparables.
La France se félicite de cette évolution. Elle est bien décidée à y apporter sa contribution. Les liens de toute nature qu'elle a tissés avec nombre de pays africains, souvent depuis très longtemps, l'expérience qu'elle a pu acquérir dans la durée, la solidarité qu'elle ressent à l'égard des Africains sont autant d'atouts qui la poussent à s'engager aux côtés de l'Afrique et à souhaiter le faire en liaison, et même en symbiose, avec tous ses partenaires. C'est dans cet esprit que nous abordons ce séminaire. RECAMP est un instrument au service de la paix en Afrique. Cet instrument a fait ses preuves et je veux en remercier et en féliciter tous les acteurs. Cet instrument est à la disposition de tous ceux, Organisations internationales ou Etats, qui seraient disposés à participer dans un esprit de vrai partenariat. En espérant qu'ils soient nombreux, je souhaite un plein succès à notre conférence.
Je vous remercie de votre attention.
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