La Communauté Economique des Etats de l'Afrique Centrale L'Union Africaine et l'Union Européenne

Cycle RECAMP V

Exercice Sawa 2006

Articles de Presse

Le document original peut être consulté sur le site du Monde.

Paris veut "européaniser" sa présence en Afrique
par Laurent Zecchini

Les participants de la "conférence des contributeurs" , qui s'est tenue, lundi 26 septembre, à Paris, n'ont pas sorti leur carnet de chèques pour financer la "Force africaine en attente" qui, sous l'égide de l'Union africaine (UA), a vocation à devenir la force d'interposition et de maintien de la paix dans les nombreuses crises que connaît le continent noir. Cette étape devrait intervenir dans les prochaines semaines. En revanche, les quelque 40 délégations présentes ont approuvé le principe de l'"européanisation" progressive du concept Recamp (Renforcement des capacités africaines de maintien de la paix), qui a été lancé et piloté par la France.

Cette approche a trouvé une application concrète en 1997 en République centrafricaine, par un soutien logistique à la mission onusienne de la Misab, puis au Congo, enfin en Côte d'Ivoire, dans le cadre de l'actuelle mission des Nations unies dans ce pays, l'Onuci, forte de 6 000 hommes. Comme en a témoigné l'exercice "Recamp 04" , qui s'est déroulé en décembre au Bénin, associant 15 pays africains et plusieurs pays européens, l'Union africaine est satisfaite de cette coopération, mais, outre qu'elle souhaite prendre plus de responsabilités dans ce processus, elle veut profiter de l'aide internationale sous toutes ses formes, qu'elle émane de l'Union européenne, des Etats-Unis et des organisations internationales (ONU, etc.).

UNE APPROCHE MULTINATIONALE

Cela tombe bien : Paris souhaite sortir d'un face-à-face parfois gênant avec des pays qui sont souvent d'anciennes colonies. "Toujours apparaître en situation de gendarme, cela complique parfois les choses" , confirme un diplomate français, qui rappelle que toute crise, qu'elle soit ou non africaine, suppose aujourd'hui une approche multinationale. La France cherche donc à "mutualiser" ses efforts et ceux de la communauté internationale. L'Union européenne, par la voix de son haut représentant pour la politique extérieure et de sécurité (PESC), Javier Solana, a donné son accord à cette approche, qui correspond au rôle que pourrait jouer la défense européenne en Afrique.

Lundi, son représentant à la conférence des contributeurs a annoncé que l'UE pilotera le prochain séminaire politico-militaire du cycle Recamp, qui doit avoir lieu à Brazzaville, en mai 2006. A terme, le projet est de réaliser une "européanisation" complète de cette coopération visant à former, entraîner et équiper des troupes africaines de maintien de la paix, en partenariat avec l'Union africaine. De son côté, celle-ci s'efforce de mettre sur pied 5 brigades régionales de 5 000 hommes chacune (en principe d'ici à 2010), composées de bataillons nationaux désignés dans les pays de l'UA prêts à participer à des opérations de maintien de la paix.

Aujourd'hui, seule la Cedeao (Communauté économique des Etats d'Afrique de l'Ouest) "est assez largement en mesure de constituer une brigade" , indique un diplomate. Il faudra donc du temps pour que l'Union africaine soit en mesure de jouer elle-même le rôle de gendarme sur son propre continent. Pour accompagner cette évolution, la France est en train de réorganiser ses forces armées stationnées en Afrique. Celles-ci seront réparties à l'avenir sur les trois bases de Dakar, Libreville et Djibouti, lesquelles seront en relation directe avec les brigades de l'Union africaine, elles-mêmes organisées en sous-régions.

Dakar aura la charge de l'Afrique de l'Ouest (incluant Abidjan), Libreville celle de l'Afrique centrale (avec autorité sur l'opération "Epervier" au Tchad), tandis que Djibouti surveillera l'Afrique de l'Est (La Réunion ayant compétence pour l'Afrique australe). Cette réorganisation, insiste-t-on au ministère de la défense, "ne concerne ni les personnels, ni les effectifs, ni les accords de défense qui sont en vigueur" entre la France et certains pays africains. Cela signifie par exemple qu'il n'est pas question d'évacuer le 43e bataillon d'infanterie de marine (Bima) stationné à Abidjan, du moins tant que la situation en Côte d'Ivoire n'est pas stabilisée.

A Dakar, Libreville et Djibouti, des "dépôts Recamp" existent, et les unités africaines dépêchées sur une crise pourront s'y fournir en équipements. Ces dépôts sont actuellement pratiquement vides mais plusieurs pays ont annoncé des contributions en armements et matériels divers.

Laurent Zecchini

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